Pour moi, vin et voyage vont de pair. Je l’ai déjà écrit ici : j’aime autant « goûter » une destination que la voir ou la sentir. Je prolonge parfois mon séjour en ouvrant une bouteille de la région visitée, au retour. C’est là où le bât blesse : si je n’en ai pas rapporté dans mes bagages (on a droit qu’à 1,5 litre par personne!), il est parfois difficile de retrouver un vin apprécié à l’étranger.
Cette constatation m’a amenée à me demander comment un vin arrivait à se frayer un chemin jusqu’à ma succursale de la SAQ. J’ai mené ma petite enquête…
Première constatation : des lois fédérales et provinciales très strictes compliquent l’entrée au pays des boissons alcoolisées. (Personnellement, la seule vue de tous ces documents légaux me donne des maux de tête beaucoup plus violents que n’importe quel lendemain de veille!) Ce que j’en retiens : tout doit passer par la SAQ: « …au Québec, la loi stipule que seule la Société des alcools du Québec est autorisée à importer des boissons alcooliques ou à en acheter d’une autre province », peut-on lire sur le site de la Société.
« Toute personne, y compris les utilisateurs du réseau Internet, désirant se tourner vers l’étranger ou une autre province pour acquérir des boissons alcooliques doit donc s’adresser directement et obligatoirement à la SAQ, par l’intermédiaire de son service des commandes privées, et être âgée de 18 ans et plus. »
Deuxième constatation : rien n’est laissé au hasard quand il s’agit d’ajouter un produit sur les tablettes. « Nous avons deux catégories de vins : le régulier et les spécialités, m’explique Isabelle Merizzi, directrice affaires publiques à la SAQ. Pour les vins courants, nous fonctionnons par appels d’offres. Nous faisons connaître nos besoins en les identifiant de manière très précise. Par exemple, nous pourrions lancer un appel pour des vins d’Alsace. »
Trois appels d’offres sont généralement publiés chaque année sur des sites spécialisés, suite auxquels les agents et les fournisseurs soumettent leurs propositions. « Les agents sont au Québec, mais nous avons 2500 fournisseurs dans 65 pays différents, précise Mme Merizzi. La plupart d’entre eux ont des agents de représentation au Québec. »
Avant que les vins proposés soient goûtés, une présélection est effectuée. « Une grille d’analyse est présentée à l’industrie. Les agents et les fournisseurs savent de quoi elle est composée. Par exemple, on évalue la renommée, si le vin a gagné des prix… Ce sont les acheteurs de la SAQ qui comptabilisent les points de cette grille. »
« Au terme de cette expérience, nous allons retenir certains vins et les faire goûter. » Des experts de la SAQ, mais aussi des groupes externes (des œnologues, par exemple) entrent alors en jeu. « Nous testons le rapport qualité-prix. Le goût, l’expérience de dégustation… Nous voulons évaluer si le prix demandé est en concordance avec le produit dégusté. »
Troisième constatation : très peu de nouveautés sont ajoutées chaque année. Au final, une centaine de nouveaux vins par an font leur apparition à la SAQ. « Nous avons de 1000 à 1500 produits réguliers par année et nous en renouvelons environ 10% », mentionne Isabelle Merizzi.
Le volume n’étant pas un critère, l’intégration de spécialités s’effectue pendant toute l’année. « Ici, c’est l’expérience et la découverte plutôt que la quantité qui comptent. »
Les propositions sont nombreuses et le marché, prêt à goûter des produits renommés. « Là encore, des experts analysent les vins proposés. »
Au total, 10 500 produits sont offerts au marché québécois. Un vin peut donc faire plusieurs escales entre le moment où il est embouteillé et celui où il se retrouve dans votre cellier. Un voyage qui dure plusieurs mois !
Le saviez-vous ?
• La Comission des liqueurs a été instaurée en 1920.
• Un vin reste généralement en vente pendant au moins un an à la SAQ. L’objectif de toutes ces étapes est de sélectionner des vins dont l’intérêt ne s’émoussera pas.
• Le Québec fait figure d’exception en Amérique du Nord. Le vin compose 78,5% des ventes de la SAQ, les spiritueux, 14,6%, les boissons panachées (comme des coolers), 5,1%, les bières importées, 1,5% et le cidre, 0,3%. « Nous avons une façon très européenne de découvrir les boissons alcooliques, explique la directrice affaires publiques. Sur la planète vin, nous intriguons parce que nous avons une tradition depuis environ 25 ans. »
• « Nous faisons de plus en plus d’appels d’offres par région, souligne Mme Merizzi. Nous nous demandons si nous avons toute la gamme de prix dans une région donnée. »
(Sources : Isabelle Merizzi, directrice affaires publiques à la SAQ, et blogue de Gaétan Frigon.)